La PPE vient d’être adoptée, est-ce une bonne nouvelle pour le solaire ?
C’est une nouvelle mitigée qui se veut d’abord rassurante car des objectifs de production ont été fixés à horizon 2030. On sort du marasme de ces derniers mois où l’incertitude planait sur la filière solaire avec des projections initiales inférieures (scénarios R1 et R2d u bilan prévisionnel 2025-2035 de RTE) qui ne permettaient pas d’atteindre la neutralité carbone. Néanmoins, cette PPE manque d’ambition en termes de volume et d’engagement. Les objectifs de MW installés affichent un rythme inférieur aux objectifs de la PPE 3 initialement en consultation. On ne peut pas parler d’une réelle accélération de la transition énergétique. De plus, le flou persiste car ces objectifs sont loin d’être "gravés dans le marbre" : la PPE 3 prévoit une clause de revoyure en 2027. C’est pourquoi je parlerai d’un bilan en demi-teinte.
Si vous deviez nous résumer cette PPE, que retenir d’essentiel ?
L'objectif global est de 48 GW et avec une répartition entre grandes (54%) et petites installations (46%).
Le "reste à faire" est faible à l'échelle nationale :
- Déjà raccordé : 30 GW
- Reste à réaliser : 18 GW
- En cours : sur ces 18 GW, 10 GW sont déjà "prêts à construire"
- Il ne reste que 8 GW à attribuer d'ici l'échéance, ce qui paraît peu ambitieux
La crainte majeure est une "bataille" pour les 8 GW restants entre les projets de grande puissance et les projets de petite/moyenne taille portés par les acteurs locaux (entreprises, collectivités, syndicats d’énergie). La répartition fixée par la PPE ne correspond pas à la réalité de terrain constatée dans le Grand Ouest, où les petites et moyennes installations sont bien supérieures, autour des 80%.
Enfin, la PPE ne prévoit aucun dispositif de soutien adapté (tarifs d'achat ou compléments de rémunération) pour sécuriser la filière sur ces segments. Les mécanismes de soutien ne sont plus alignés avec les réalités de terrain et les besoins de croissance de la filière.
Quels sont les grands défis pour la filière solaire et plus particulièrement dans l’ouest ?
Le défi principal est de faire évoluer les modèles économiques et de casser le clivage production centralisée versus production décentralisée. La filière solaire doit se développer en recherchant l'adéquation entre la production et la consommation avec un souci de développer une production au plus près de la consommation. L'électrification des usages est cruciale, mais ne répondra pas à tous les besoins. Les collectivités ont besoin de produire pour leur propre consommation afin de stabiliser leurs charges de fonctionnement, surtout dans le contexte international actuel, via des installations de petite et moyenne puissance. D’où l’importance de ne pas privilégier que les grandes puissances mais de laisser aussi la place aux petites et moyennes installations et aux solutions d’autoconsommation, de stockage en local, etc.
Pour répondre à ce défi, il faudra faire évoluer la règlementation trop uniforme et l’adapter selon le modèle centralisé ou décentralisé en local car les besoins sont différents.
Pour vous, les SEM territoriales comme Energ’iV ont-elles un rôle spécifique à jouer ?
La force des syndicats d’énergie et de leurs SEM est de faire interface entre l’opérationnel et les instances de décision. Ils peuvent faire remonter les problématiques concrètes des acteurs de terrain (entreprises locales, installateurs, collectivités) auprès des institutions et des élus. Ils peuvent porter la "bonne parole" au niveau national dans des instances comme la FNCCR, afin de faire évoluer les règlementations en fonction de leurs remontées terrain et ainsi participer à construire une vision cohérente de la filière solaire, notamment celle du Grand Ouest.